Tai Shan: ascension de la montagne sacrée

Publié le par Alan Le Vouédec

Je suis donc arrivé le mardi 12 mai à Tai'an par le train T162 en provenance de Qingdao vers 1h30 de l'après-midi après 5 heures de train. La première chose à faire une fois dans la gare était d'acheter mon billet Tai'an - Shanghai du lendemain à l'un des guichets bondés de monde comme dans toutes les gares chinoises. Après un peu d'attente et mon billet en poche j'ai préparé mon petit sac à dos pour prendre tout le nécessaire dont j'aurais besoin durant l'ascension sans oublier, comme on me l'avait conseillé, de prendre quelque chose de chaud. J'ai pris le seul pull que j'avais sans vraiment penser qu'il me sera utile là - haut étant donné la chaleur étouffante de la ville de Tai'an en début d'après midi. J'ai déposé, sans trop être rassuré, mon gros sac à dos à la consigne de la gare pour 10 yuans et j'ai commencé à chercher à me diriger dans cette petite ville d'environ 700 000 habitants, ce n'est pas très compliqué étant donné que la montagne est facilement repérable au nord de la ville.


Après quelques kilomètres à travers la ville, je suis arrivé au nord de la ville vers 17h, avant de commencer l'ascension je suis allé dans un petit restaurant de raviolis que le Lonely me recommandait. J'ai (trop) bien mangé pour 12 yuans puis j'ai grimpé la route qui monte jusqu'au point de départ. Aparté : si vous voulez utiliser les toilettes publiques à droite de l'entrée principale et que quelqu'un vous demande 5 maos, ne payez pas ! Les toilettes sont gratuites, c'est simplement que le commerçant d'à côté essaie de se faire un peu de bonus. Après un ou deux kilomètres, je suis arrivé à la vraie entrée où il faut acheter un ticket d'entrée comme partout en Chine. Le tarif étudiant affiché est 60 yuans mais il faut payer 62 yuans à la guichetière pour des raisons obscures... J'ai donc commencé l'ascension depuis le bas de la montagne vers 18h20 en T-shirt car il faisant suffisamment chaud. Je suis arrivé à la porte du milieu vers 7h30, la nuit commençait à tomber et il faisait plutôt froid pour quelqu'un en T-shirt qui venait de monter des escaliers à un rythme soutenu pendant une bonne heure.

La porte du milieu ou quelque chose comme "porte céleste du milieu" si l'on veut traduire le chinois 中天门 (cf. photo pour le lire en ancien chinois) marque le milieu de l'ascension du chemin pour rejoindre le sommet comme son nom l'indique. Je n'ai pas encore expliqué ce que cette montagne de 1545 mètres de haut a de particulier : sans vouloir faire un cours d'histoire, il s'agit de la plus célèbre et de la plus révérée des montagnes sacrées chinoises, pendant des milliers d'années, les empereurs chinois ont vénéré cette montagne en y apportant des inscriptions, des temples et toutes sortes de décorations. Rien que le chemin montant au sommet depuis la base de la montagne et constitué de plus de 6000 marches force le respect quand on réalise que ce travail a été fait à dos d'hommes. Pour toutes ces raisons et bien d'autres que vous pourrez trouver dans des livres sur la culture chinoise, le mont Tai est un véritable mythe pour les chinois qui s'y pressent toute l'année pour réaliser son ascension. Le Lonely nous apporte aussi de profondes et intéressantes citations attribuées à Confucius et à Mao qui auraient dit respectivement au sommet de Tai Shan : "Le monde est petit" et "L'orient est rouge".

Après ce paragraphe culturel, je reviens à mon ascension. Comme je l'avais prévu, j'ai loué un lit dans le dortoir de la porte du milieu pour 40 yuans. Les toilettes de ce dortoir sont à l'extérieur et sont vraiment dans un état déplorable y compris l'unique lavabo qui sert plutôt de refuge pour les insectes. J'ai essayé de dormir dans un dortoir de 8 lits pleins de chinois (il y en avait parfois plusieurs par lit) jusqu'à ce que un des responsable du dortoir nous réveille vers 2h du matin. Après un réveil difficile et une rapide toilette, je me suis mis en marche pour le sommet en constatant que la nuit il fait sombre. Heureusement la lumière de la lune et celle des lampes des autres personnes qui effectuaient l'ascension étaient largement suffisantes pour avancer correctement. Cette deuxième partie de l'ascension m'a paru un peu plus dure que la première, sûrement du fait que mes jambes étaient un peu fatiguées et qu'il faisait nuit mais surtout à cause du froid qui augmentait à mesure que je grimpais avec comme paroxysme le sommet, où le vent rendait le froid vraiment difficilement supportable. Même avec mon pull et en montant des marches à n'en plus finir, j’étais glacé. Le nombre de personnes assises sur les marches pour reprendre leur souffle augmentait également à mesure que je me rapprochais du sommet mais le froid était pour moi une motivation suffisante pour ne pas me laisser tenter de faire de même. Cette seconde partie de l'ascension m'a également pris une bonne heure comme la première partie. Enfin arrivé au sommet, le nombre de personnes était impressionnant. Contrairement à ce que l'on pourrait imaginer, le sommet n'est pas sauvage du tout, il est couvert par une petite ville constituée de temples où grouillent les "pèlerins". J'ai alors parcouru les 500 derniers mètres qui me séparaient de la face de la montagne d'où le soleil allait apparaître. Je suis arrivé un peu en avance et j'ai donc pu choisir un bon rocher pour patienter au frais.

Après avoir transpirer pendant l'ascension, la sensation du vent glaciale qui traversait mon pull était horrible mais le spectacle qui se préparait sous mes yeux était encore plus beau. J’ai pu apprécier tous les changements de nuances de couleurs dans le ciel et dans le fleuve en contrebas qui précèdent le lever du soleil avant d'enfin voir celui que tout le monde attendait. Le ciel était parfaitement dégagé et le spectacle était vraiment magnifique. Au bord de l'hypothermie, j'ai rencontré un étudiant chinois qui parlait un peu anglais, très gentil, il m'a prêté son gros blouson militaire qu'il avait loué à l'arrivée au sommet. Je ne savais pas que c'était possible. Nous avons effectué la descente ensemble pour arriver en bas aux alentours de 9h. La descente est bien sûr moins essoufflante que la montée cependant les genoux en prennent un coup, plus de 3000 marches chacun, après avoir travaillés durant la montée, on le sent forcément un peu. N'ayant pour ainsi dire pas dormi de la nuit, j'étais très fatigué, l'étudiant chinois m'a donc accompagné jusqu'à un petit hôtel qui ressemblait plus à un logement d'habitation où j'ai pu louer une chambre propre pour l'après midi pour seulement 30 yuans. Sans l'aide d'un chinois, il aurait été impossible pour un occidental comme moi, d'une de trouver cette hôtel, et de deux d'obtenir un tel tarif. Après un bon repas dans un petit restaurant de la banlieue de  Tai'an, j'ai dit adieu à mon ami d'un jour qui rentrait sur Qingdao en début d'après midi et j'ai fait une sieste puis je me suis dirigé vers la gare de Tai'an pour prendre mon train à 22h direction Shanghai.



Commenter cet article

BlogSurfer 111 14/07/2009 22:19

J'ai toujours rêvé de faire une telle ascension.
Merci pour ce bel exploit et ce bel article.